7 avr. 2022

Pâques 2022

Le 16 avril 2022, lors de la célébration de Pâques à la paroisse franciscaine d'Hannam, à Séoul,
Lee Ji-Hyun a été baptisée, en présence sa marraine Jacqueline et de son parrain Christophe.

Un grand merci à toutes et tous pour votre présence
et de votre contribution à cette très belle cérémonie.




18 mars 2022

Ukraine, « guerre juste » et légitime défense

Ukraine, « guerre juste » et légitime défense

Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef à La Croix

Difficile de se contenter de « prier pour la paix », en attendant que les armes cessent. Ou encore de renvoyer les parties dos à dos dans toutes les situations de conflit qui se présentent. Ce qui se passe en Ukraine oblige les chrétiens à préciser leur vision éthique des conflits armés, d’autant plus que les deux camps se réclament d’une même confession chrétienne, à savoir l’orthodoxie.

Lorsqu’il a publié son encyclique Fratelli tutti, le pape François a voulu condamner définitivement l’expression de « guerre juste » (1), qui permettait à l’Église de légitimer un certain nombre d’engagements armés depuis… saint Thomas d’Aquin, le grand théologien qui a réfléchi à ce concept. De fait, accoler au substantif « guerre » l’adjectif « juste », qui évoque quelque chose de positif, posait problème. Et historiquement, cette notion de « guerre juste » a permis de justifier nombre de croisades ou de guerres de conquête. Or, quelle qu’elle soit, la guerre est un mal. Depuis un siècle, notamment avec le concile Vatican II, la doctrine catholique s’est ainsi efforcée de limiter les cas de légitimation des conflits.

Pour autant, n’existe-t-il pas des situations où le recours aux armes est justifié ? Peut-on simplement renvoyer la « guerre juste » aux oubliettes de l’histoire ? N’est-ce pas faire preuve de naïveté ? La tradition éthique a élaboré au fil des siècles toute une série de critères permettant de justifier une action militaire. « Il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible guerre juste », écrit pourtant le pape dans l’encyclique. Difficile, oui. Mais pas impossible… Notamment dans un monde où la violence, elle, n’a pas disparu. Face à Poutine, il serait absurde d’expliquer aux Ukrainiens qu’ils ne doivent pas se défendre militairement. Il est des cas où la « légitime défense », notion importante de droit international, s’impose. Certes, dans un conflit, il n’est pas toujours évident de savoir qui a pris l’initiative de la guerre. Pour autant, dans le cas de l’Ukraine, c’est assez évident.L’agresseur est la Russie de Poutine, et il ne faut pas se laisser berner par un discours paranoïaque qui voudrait faire croire le contraire. Même si l’histoire et une série d’humiliations successives (en tout cas vécues comme telles par la Russie) peuvent expliquer en partie ce que nous vivons aujourd’hui. Expliquer, mais non justifier…

Il est vrai que l’Évangile s’efforce de bannir la violence. On connaît tous le fameux : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Matthieu, 5-38). Mais l’Évangile exige-t-il que l’on reste passif face à l’agression d’un tiers ? Par exemple, si le bon Samaritain était arrivé quelques minutes avant sur le lieu de l’agression, aurait-il laissé les bandits rouer de coups l’homme qu’il a ensuite secouru ? Ne serait-il pas intervenu ? Désarmer l’agresseur est une exigence éthique. Nier que cela n’exige pas aussi parfois des moyens militaires serait faire preuve d’une grande naïveté. Et aussi d’un manque de charité. Car si l’impératif de la non-violence court dans tout l’Évangile, l’obligation de la charité reste bien ce qui prime. La non-assistance à une personne en danger, agressée, menacée dans sa vie, doit aussi entrer en ligne de compte.Concrètement, on ne peut « absolutiser », dans certaines situations, le recours à la non-violence. Tant que le mal existera, il y aura toujours des cas où la résistance militaire est nécessaire. La paix est un combat qui a parfois besoin des armes.


18 févr. 2022

Sept retraites de carême en ligne pour toutes les sensibilités

Alors que la crise sanitaire bouleverse depuis un an la vie et la pratique des fidèles, les propositions de retraites en ligne prennent un sens nouveau à l’approche du Carême qui commence le mercredi des cendres 2 mars. Famille Chrétienne en propose une large sélection.

Le carême 2022 démarrera le mercredi des cendres 2 mars. Plusieurs propositions en ligne aideront les fidèles à vivre ce temps liturgique de pénitence et de prière.

1. Dieu le Père avec Carême en ville

L’initiative Carême dans la ville, des Dominicains, propose une retraite « Montre-nous le père » sur sept semaines. Chaque semaine, une méditation sur la figure de Dieu le père sera donnée par un intervenant, qui peut être un religieux ou un laïc. Programme des méditations :

Semaine des cendres : Dans le secret du Père avec le frère Franck Dubois
1ère semaine : Le dévoilement du Père avec le frère David Perrin
2ème semaine : L'ajustement au Père avec les sœurs moniales de Chalais
3ème semaine : Le Père créateur avec le frère Franck Guyen
4ème semaine : Le Père miséricordieux avec des laïcs dont certains ont connu la rue, la drogue, la prostitution
5ème semaine : Le jugement du Père avec le frère Maxime Allard
Semaine Sainte : Crier vers le Père avec soeur Anne-Claire Dangeard

Chaque jour, pendant le carême, le site propose de méditer la Parole de Dieu avec des frères, sœurs et laïcs, d’approfondir le Notre Père avec une série vidéo, de prier les vêpres avec les moniales de Beaufort, de partager des intentions de prière sur Prière dans la Ville, ou encore de se rencontrer en présentiel et visioconférence pour partager autour de la Parole de Dieu avec des laïcs dominicains.

2. La miséricorde avec les Carmes de Paris

Les Carmes de Paris ont choisi de placer ce carême 2022 sous le thème de la miséricorde de Dieu avec les saints du Carmel. Chaque vendredi, un mail vous sera envoyé aux participants avec une méditation à partir de l’évangile et des saints du carme, des pistes de mise en pratique, un podcast de la méditation et le calendrier de carême pour prier au quotidien.

3. Le visage chez les jésuites

Les Jésuites proposent une retraite sur le thème « Que je voie ton visage », à partir du 28 février, chaque semaine cette retraite propose de prier de 7 manières différentes :                   

Lundi : méditer un passage biblique où semble se dessiner un visage inquiétant de Dieu.
Mardi : découvrir, contempler et prier avec une œuvre d’art.
Mercredi : se laisser porter par l’écoute d’un ouvrage, en partenariat avec les Editions jésuites.
Jeudi : à nouveau, méditer un passage biblique où le Christ révèle qui est Dieu.
Vendredi : nous verrons comment la « culture pop » s’est emparée de la figure de Dieu.
Samedi : une minute de vidéo pour découvrir l’évangile du lendemain avec la « One Minute Homily ».
Dimanche : une prière d’alliance spéciale pour relire cette semaine.

4. Saint Luc avec les Fraternités Monastiques de Jérusalem

Les Fraternités Monastiques de Jérusalem proposent une retraite pour tous ceux qui veulent vivre un temps fort durant le carême et cheminer vers Pâques à l’école de saint Luc. Cette retraite est animée et accompagnée par les accompagnateurs spirituels du groupe Raphaël. La retraite s’adaptera aux contraintes sanitaires notamment via des visio conférences et des partages en ligne. Chaque semaine il sera proposé aux retraitants inscrits : un parcours de lectio divina, des ateliers pour approfondir votre vie spirituelle en ville, un temps de rencontre en groupe, un accompagnement personnel.

5. Un personnage par jour avec Prier aujourd’hui

Prier aujourd’hui propose de découvrir un personnage par jour, du 2 mars au 17 avril, à l’aide de podcast de 10 minutes, réalisé par le père Alain de Boudemange,1 podcast par jour pendant 40 jours. A la fin du parcours, pendant la semaine Sainte, les internautes inscrits accompagneront Jésus dans sa passion à travers le regard des personnages du Nouveau Testament pour vivre avec eux le bouleversement de Pâques.

6. Carême 40 de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier

Les Pères de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier lancent Carême40, pour quarante jours de formation biblique, théologique, spirituelle en vidéo sur la vie de Jésus à partir des 20 mystères du Rosaire. Mais également quarante jours de prière avec une méditation envoyée chaque jour et quarnate jours d’effort avec un défi quotidien qui invitera les personnes à mettre en pratique le combat spirituel dans leur vie quotidienne.

7. Imprenable, le nouveau podcast de carême de Famille Chrétienne

Famille Chrétienne lance sa retraite de carême « Imprenable » sur le combat spirituel, avec le Père Guy-Emmanuel Cariot. Chaque semaine du carême, sous forme de podcast, le recteur de la basilique d’Argenteuil et exorciste diocésain aidera les lecteurs de FC à trouver les meilleures armes pour se détourner des tentations et du péché. Ce podcast est réalisé par Famille Chrétienne en partenariat avec Conversio, l’appli élaborée par une équipe de laïcs et de prêtres Missionnaires de la Miséricorde divine pour vous faire vivre un Carême stimulant, interactif et fraternel.

Cyprien Wintenberger

21 janv. 2022

La conversation

Cardinal Jean-Claude Hollerich
« Pour être entendue, l’église doit changer de méthode »



Recueilli par Loup Besmond de Senneville (à Rome)Photo : Olivier Toussaint pour La Croix L’Hebdo
Baisse du nombre de croyants, rôle de l’Église dans la société, célibat, sexualité… Sans détour, le cardinal luxembourgeois Jean-Claude Hollerich évoque l’avenir du catholicisme. Pour cet homme de confiance du pape François, ce n’est pas le message qu’il faut changer mais la façon de l’exprimer.

Vous êtes ancien missionnaire au Japon, jésuite, archevêque de Luxembourg, cardinal… Avez-vous toujours cherché Dieu de la même façon ?

Lorsque, jeune prêtre, je suis arrivé au Japon, cela a été un grand choc. J’étais à l’époque un jeune homme imprégné du catholicisme populaire de Luxembourg. Avec d’autres jésuites, chacun venant d’un milieu catholique différent, nous arrivions avec un modèle de catholicisme dont nous avons tous vu très vite qu’il ne correspondait pas à l’attente du Japon.

Pour moi, cela a représenté une crise. J’ai dû faire abstraction de toutes les piétés qui constituaient jusqu’alors les richesses de ma foi, renoncer aux formes que j’aimais. J’ai été confronté à un choix : ou bien je renonçais à ma foi parce que je n’en retrouvais pas les formes que je connaissais, ou bien j’entamais un voyage intérieur. J’ai choisi la seconde option. Avant de pouvoir le proclamer, j’ai dû devenir un chercheur de Dieu. Je disais avec insistance : « Dieu, où es-tu ? Où es-tu, aussi bien dans la culture traditionnelle que dans le Japon postmoderne ? »

En rentrant en Europe, il y a dix ans, j’ai dû recommencer. À vrai dire, je pensais y retrouver le catholicisme que j’avais quitté dans ma jeunesse. Mais ce monde-là n’existait plus… Aujourd’hui, dans cette Europe sécularisée, je dois faire le même exercice : chercher Dieu.

L’Europe est-elle redevenue aujourd’hui une terre de mission ?

Oui. Elle l’est depuis longtemps. Le Luxembourg de ma jeunesse ressemblait un peu à l’Irlande, avec de grandes processions, une forte piété populaire… Quand j’étais petit, tous les enfants étaient à l’église. Mes parents n’y allaient pas, mais ils m’y envoyaient, parce que c’était normal de le faire. Je me souviens qu’à l’école, une enfant de ma classe n’avait pas fait sa première communion et cela avait créé un scandale. Maintenant, ce qui provoque le scandale, c’est plutôt qu’un enfant la fasse.

Mais après réflexion, je vois bien que ce passé n’était pas si glorieux. Je ne le percevais évidemment pas lorsque j’étais enfant, mais je me rends compte aujourd’hui qu’il y avait déjà à l’époque, dans cette société, beaucoup de fissures et d’hypocrisie. Au fond, les gens ne croyaient pas plus qu’aujourd’hui, même s’ils allaient à l’église. Ils avaient une sorte de pratique dominicale culturelle, mais sans que cela soit inspiré par la mort et la résurrection de Jésus.

Cette pratique culturelle du catholicisme est-elle selon vous terminée ?

Pas encore tout à fait. Cela varie selon les régions dans le monde. Mais je suis convaincu que le Covid va accélérer ce processus. À Luxembourg, nous avons un tiers de pratiquants en moins. Je suis sûr qu’ils ne vont pas revenir. Parmi eux, se trouvent des gens d’un âge certain qui trouveront pénible et douloureux de reprendre la pratique religieuse, de se déplacer dans une église.

Mais il y a aussi ces catholiques pour lesquels la messe dominicale se résumait à un rituel important, assurant une stabilité à leur vie. Pour beaucoup, se dire catholique est encore une sorte de déguisement doté d’une morale générale. Cela contribue selon eux à tenir la société, à être de « bons chrétiens » mais sans vraiment définir ce que cela veut dire.

Mais cette époque doit finir. Nous devons maintenant bâtir une Église sur la foi. Nous savons désormais que nous sommes et que nous serons une minorité. Il ne faut ni s’en étonner ni s’en lamenter. J’ai la douce certitude que mon Seigneur est présent dans l’Europe actuelle.

Vous n’avez aucun doute là-dessus ?

Oh non. Aucun. Ce n’est plus une question qui me hante. Lorsque j’étais plus jeune, j’avais peur de ne pas le trouver, j’étais comme hanté par cette crainte. Je devais le découvrir ou je coulais. Maintenant, je suis beaucoup plus paisible.

C’est la sagesse de l’âge ?

Je ne sais pas s’il y a une sagesse de l’âge. (Rires.) Je serais content s’il y en avait une ! Mais au fond, l’on fait toujours les mêmes bêtises, et on se heurte toujours à un même mur. Au moins, on sait que le mur est là, et que ça va faire mal. Je sais aussi désormais que je ne suis qu’un instrument du Seigneur. Il en existe beaucoup d’autres. Cette conscience me pousse à avoir toujours un peu de suspicion à l’encontre de tous ceux qui disent avoir la recette imparable pour annoncer Dieu.

Il n’y a pas de recette magique ?

Non. Il n’y a que l’humilité de l’Évangile.

Et quand vous étiez plus jeune, vous croyiez aux recettes magiques ?

Oui, bien sûr, j’y croyais. Mais c’est un beau péché de jeunesse. Cela montre aussi l’enthousiasme des jeunes…

En quoi le message du christianisme est-il toujours pertinent aujourd’hui ?

Parce que l’homme n’a pas changé depuis deux mille ans. Il est toujours en quête du bonheur et ne le trouve pas. Il est toujours assoiffé d’infini et se heurte à ses propres limites. Il commet des injustices qui ont des conséquences graves pour d’autres personnes, ce que nous appelons le péché. Mais nous vivons maintenant dans une culture qui a tendance à refouler ce qui est humain. Cette culture du consumérisme promet de combler les désirs de l’homme, mais elle n’y parvient pas. Pourtant, dans des moments de crise, de choc, les hommes se rendent bien compte que tout un tas de questions dorment au fond de leur cœur. Le message de l’Évangile est d’une fraîcheur exceptionnelle pour répondre à cette recherche de sens et de bonheur.

Le message est toujours pertinent, mais les messagers apparaissent parfois dans des costumes des temps passés, ce qui n’est pas le meilleur service rendu au message lui-même… C’est pourquoi nous devons nous adapter. Non pas pour changer le message lui-même, évidemment, mais pour que celui-ci puisse être compris, même si c’est nous qui l’annonçons. Le monde est toujours à la recherche, mais ne cherche plus de notre côté, et cela fait mal. Nous devons présenter le message de l’Évangile de telle manière que les gens puissent s’orienter vers le Christ.

C’est précisément pour cela que le pape François a lancé en octobre dernier un Synode sur la synodalité, dont vous êtes rapporteur général. Vous avez déclaré récemment que vous ne savez pas ce que vous écrirez dans le rapport…

Je dois être celui qui doit écouter. Si j’émets beaucoup de propositions, cela va décourager les gens qui ont un autre avis. Ainsi, ce sont les gens qui doivent remplir ma tête et les pages. C’est cela le synode. Il doit être ouvert. Comme le dit le pape, c’est le Saint-Esprit qui est le maître d’œuvre. Nous devons donc aussi lui laisser la place.

Si cette méthode est importante, c’est qu’aujourd’hui, on ne peut plus se contenter de donner des ordres du haut vers le bas. Dans toutes les sociétés, en politique, dans les entreprises, ce qui compte désormais est la mise en réseau. Ce changement des modes de décision va de pair avec un véritable changement de civilisation, auquel nous faisons face. Et l’Église, comme elle l’a toujours fait tout au long de son histoire, doit s’y adapter. La différence est que cette fois, le changement de civilisation a une force inédite. Nous avons une théologie que plus personne ne comprendra dans vingt ou trente ans. Cette civilisation aura passé. C’est pourquoi il nous faut un nouveau langage qui doit être fondé sur l’Évangile. Or, toute l’Église doit participer à la mise au point de ce nouveau langage : c’est le sens du synode.

En tant que président de la Comece, vous avez participé début octobre à Rome à une réunion avec les partis de droite et de centre droit européens. En sortant, le cardinal Pietro Parolin a encouragé à ne pas considérer le christianisme comme un supermarché dans lequel on ne choisirait que certaines valeurs. Cette tentation existe-t-elle chez les politiques ?

Oui, clairement. À droite, ils prennent les symboles chrétiens, ils aiment les chapelets et les crucifix, mais ce n’est pas toujours lié au mystère du Christ. C’est lié à notre culture européenne passée. Ils veulent faire référence à une culture pour la conserver. C’est un mauvais usage de la religion.

À gauche, je connais aussi des hommes et des femmes politiques qui se disent chrétiens convaincus, se battent contre le changement climatique, mais votent au Parlement européen pour que l’IVG soit un droit fondamental et limiter la liberté de conscience des médecins. C’est aussi prendre la religion comme un supermarché.

On peut être démocrate-chrétien, socialiste, écolo… tout en étant chrétien. Cette diversité des formations politiques profite d’ailleurs beaucoup à la société. Mais les responsables politiques ont souvent tendance à taire leurs préférences religieuses pour les réserver au domaine privé. Dans ce cas, ce n’est plus une religion, mais une conviction personnelle. La religion demande un espace public pour s’exprimer.

Mais n’est-il pas plus difficile pour les chrétiens de s’engager en politique ?

D’abord, il est vrai qu’il y a moins de chrétiens. Ensuite, il est vrai qu’ils sont de moins en moins engagés en politique. On le voit après chaque élection. Par ailleurs, il est évident que le message des évêques pour la société ne passe plus. Vous en faites l’expérience, en France, depuis plusieurs années.

Cette expérience est la conséquence de notre minorité. Pour faire comprendre ce que nous voulons, nous devons entamer un long dialogue avec ceux qui ne sont plus chrétiens, où le sont seulement à la marge. Si nous avons certaines positions, ce n’est pas parce que nous sommes conservateurs, mais parce que nous pensons que la vie et la personne humaine doivent être au centre. Pour pouvoir dire cela, je pense qu’il faut entretenir des dialogues, des amitiés, avec des décideurs ou des responsables politiques qui pensent autrement. Même s’ils ne sont pas chrétiens, nous partageons avec eux un souci honnête de collaborer au bien de la société. Si nous ne voulons pas vivre dans une société compartimentée, il faut être capable d’écouter le récit des uns et des autres.

Cela signifie que l’Église doit renoncer à défendre ses idées ?

Non, il ne s’agit pas de cela. Il faut essayer de comprendre l’autre, pour établir des ponts avec la société. Pour parler de l’anthropologie chrétienne, nous devons nous fonder sur l’expérience humaine de notre interlocuteur. Car si l’anthropologie chrétienne est merveilleuse, elle ne sera bientôt plus comprise si nous ne changeons pas de méthode. Et à quoi cela nous servirait-il de prendre la parole si nous ne sommes pas écoutés ? Parlons-nous pour nous-mêmes, pour nous assurer que nous sommes du bon côté ? Est-ce pour rassurer nos propres fidèles ? Ou parlons-nous pour être entendus ?

Quelles sont les conditions de cette écoute ?

Tout d’abord l’humilité. Je pense que même si cela n’est pas forcément conscient, l’Église a l’image d’une institution qui sait tout mieux que les autres. Il lui faut donc une grande humilité, sans quoi elle ne peut pas entrer dans un dialogue. Cela signifie aussi qu’il faut montrer que nous voulons apprendre des autres.

Un exemple : je suis tout à fait opposé à l’avortement. Et comme chrétien, je ne peux pas avoir une position différente. Mais je comprends aussi qu’il y a un souci de dignité des femmes, et le discours que nous avons eu dans le passé pour nous opposer aux lois sur l’avortement n’est plus audible aujourd’hui. Dès lors, quelle autre mesure pouvons-nous prendre pour défendre la vie ? Lorsqu’un discours ne porte plus, il ne faut pas s’acharner mais chercher d’autres voies.

En France, beaucoup estiment que l’Église a perdu une large part de sa crédibilité en raison des crimes sexuels commis en son sein. Comment vous situez-vous par rapport à cette crise ?

D’abord, je veux dire que ces abus sont un scandale. Et lorsque l’on voit les chiffres du rapport Sauvé, on voit bien qu’il ne s’agit pas du lapsus de quelques-uns. Il y a, quelque part, une faute systémique, qu’il faut relever. Nous ne devrions pas avoir peur des blessures que cela pourrait nous infliger, quine sont d’ailleurs absolument rien comparées à celles des victimes. Par conséquent, nous devons faire preuve d’une très grande honnêteté et être prêts à prendre des coups.

J’étais il y a quelques semaines au Portugal, où je célébrais la messe. Il y avait là un petit garçon qui, servant la messe, me regardait comme si j’étais le bon Dieu. Je percevais bien qu’il voyait en moi un représentant de Dieu, ce que j’étais d’ailleurs, dans la liturgie. Abuser de tels enfants est un véritable crime. C’est une faute beaucoup plus grave que si un professeur ou un entraîneur de sport commettait ces actes. Le fait que l’on ait toléré cela pour protéger l’Église, cela fait mal. On a fermé les yeux ! C’est presque irréparable.

J’en viens maintenant à votre question. Certains ont perdu confiance. Pour la regagner, lorsque cela est possible, il faut avoir une grande humilité. Lorsque l’on accompagne une communauté ou une personne, il faut toujours garder en tête le principe du respect absolu de ceux que l’on accompagne. Je ne peux disposer d’une personne.

Il me semble évident que ces questions seront dans toutes les têtes et dans tous les cœurs au cours du processus du Synode. Nous devons adopter des changements.

S’il y a une faute systémique, faut-il à vos yeux des changements systémiques ?

Oui. Évidemment, dans mon diocèse, nous avons, comme beaucoup d’autres, une charte de bonne conduite que tout le monde doit signer, prêtres comme laïcs qui travaillent pour l’Église. Avant l’ordination, nous soumettons aussi les séminaristes à huit sessions psychologiques destinées à détecter la pédophilie. Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais ce n’est pas assez. Il faut une Église structurée de telle manière que ces choses-là ne soient plus possibles.

C’est-à-dire ?

Si l’on avait donné plus de voix aux femmes et aux jeunes, ces choses-là auraient été découvertes beaucoup plus tôt. Il faut cesser de faire comme si les femmes étaient un groupe marginal dans l’Église. Elles ne sont pas à la périphérie de l’Église, elles sont au centre. Et si nous ne donnons pas la parole à celles qui sont au centre de l’Église, nous aurons un grand problème. Je ne veux pas être plus précis : cette question sera forcément posée au Synode, dans différentes cultures, dans différents contextes. Mais l’on a trop ignoré les femmes. Il faut les écouter, comme, d’ailleurs, le reste du peuple de Dieu. Les évêques doivent être comme des bergers qui sont à l’écoute de leur peuple. Il ne s’agit pas seulement pour eux de dire : « Oui, j’entends, mais cela ne m’intéresse pas. » Ils doivent être au milieu de leur troupeau.

Quels autres changements faut-il opérer ?

La formation du clergé doit changer. Elle ne doit pas être uniquement centrée sur la liturgie, même si je comprends que les séminaristes y accordent une grande importance. Il faut que des laïcs et des femmes aient leur mot à dire dans la formation des prêtres. Former des prêtres est un devoir pour l’Église entière, et donc il faut que l’Église entière accompagne cette étape, avec des hommes et des femmes mariés et des célibataires.

Deuxième chose, nous devons changer notre manière de considérer la sexualité. Jusqu’à maintenant, nous avons une vision plutôt réprimée de la sexualité. Évidemment, il ne s’agit pas de dire aux gens qu’ils peuvent faire n’importe quoi ou d’abolir la morale, mais je crois que nous devons dire que la sexualité est un don de Dieu. Nous le savons, mais le disons-nous ? Je n’en suis pas sûr. Certains attribuent la multiplication des abus à la révolution sexuelle. Je pense exactement l’inverse : à mon avis, les cas les plus horribles se sont produits avant les années 1970.

Dans ce domaine, il faut aussi que les prêtres puissent parler de leur sexualité et qu’on puisse les entendre s’ils ont du mal à vivre leur célibat. Ils doivent pouvoir en parler librement, sans craindre d’être réprimandé par leur évêque. Quant aux prêtres homosexuels, et il y en a beaucoup, ce serait bien qu’ils puissent en parler à leur évêque sans que ce dernier les condamne.

En ce qui concerne le célibat, dans la vie sacerdotale, demandons franchement si un prêtre doit nécessairement être célibataire. J’ai une très haute opinion du célibat, mais est-il indispensable ?J’ai dans mon diocèse des diacres mariés qui exercent leur diaconat de manière merveilleuse, font des homélies par lesquelles ils touchent les gens beaucoup plus fortement que nous, qui sommes célibataires. Pourquoi ne pas avoir aussi des prêtres mariés ?

Et même, si un prêtre ne peut plus vivre cette solitude, on doit pouvoir le comprendre, ne pas le condamner. Moi, maintenant, je suis vieux, cela me concerne moins…

Vous, vous avez senti cette difficulté de vivre cette solitude ?

Oui, bien sûr. À certains moments de ma vie, cela a été très clair. Et il est aussi évident que chaque prêtre tombe amoureux, de temps en temps. Toute la question est de savoir comment se comporter dans ce cas-là. Il faut d’abord avoir l’honnêteté de se l’avouer à soi-même, puis agir de telle manière que l’on puisse continuer à vivre son sacerdoce.


20 déc. 2021


 

MESSE DE NOËL 

Nous vous accueillerons avec joie  vendredi 24 décembre 2021 à 18h15 à la paroisse internationale pour la célébration de la messe de Noël  dans la grande église du bas. D'autres célébrations sont prévues avant et après notre messe pour d'autres communautés, nous vous demanderons de libérer rapidement les places de parking et de privilégier, dans la mesure du possible, les transports en commun.Un grand merci pour votre compréhension.